À propos

Plasticien français formé à l’École des Beaux-Arts de Nantes, Hugues Blineau est professeur agrégé d’Arts Plastiques. Il enseigne à l’École des Arts de La Sorbonne et finit actuellement une Thèse de Recherche-Création à l’Université Paris 8, intitulée Habiter la catastrophe : entre dessin, peinture, photo- et arts vidéographiques contemporains dont la soutenance est programmée début 2027.

Depuis la fin des années 90, il développe un travail entre dessin, photographie, vidéo et créations sonores. Sa pratique, souvent installative, interroge la possibilité même de l’image, par-delà sa fugacité et l’horizon de son absence : sa disparition programmée, dans un monde que nous savons saturé de ses objets-réseaux.

Par différentes mises en écho et résonances, ses œuvres conduisent ainsi différentes gestes de prélèvement et de montage – à l’intérieur du territoire du dessin ou dans sa pratique de la vidéo notamment -, pour traduire l’instabilité de toute apparition Là où, par l’expérience sensible, la rémanence d’un souvenir peut prendre forme, afin de tenter d’échapper à l’oubli et à la disparition de tout type d’objet, que celui-ci soit artistique ou non.

Ses dessins tentent en particulier de traduire la fragilité de toute forme d’événement, toujours menacée par la chute physique et par l’effacement. Dans la vaste série récente des Dessins-Catastrophe (2024-2026), de nombreuses habitations pavillonnaires rendues instables, des fragments de corps sans visage et des végétaux coupés de leurs racines, constituent ainsi quelques figures archétypales, réactivées sans relâche, dans une pratique cumulative, où seul le temps long semble pouvoir permettre une authentique traversée du sens. Une pratique-palimpeste, à la manière dont Roland Barthes qualifia celle de Twombly, qui s’offre ici comme une véritable écriture du temps, où les mots se transforment parfois en images indécises. Là où, en quelques traits et lignes, les différentes formes du visible se saisissent toujours dans une incertitude passagère.

Ce sont les mêmes motifs du deuil et de l’absence que ses romans et propositions poétiques déploient, dans des territoires où l’art du montage produit des échos à son travail plastique, par leurs effets de rupture et un véritable attachement aux images visuelles. Ainsi, dans Vies et morts de John Lennon (Médiapop éditions, 2021), le choc de la mort brutale du célèbre musicien s’appréhende dans de nombreux fragments attachés chacun à un personnage se souvenant de ce qu’a été pour lui l’ancien Beatle. Constellation de moments vécus, où, par ses capacités mnésiques, la musique alimente avec force l’exercice d’une mémoire affective. Là où l’art et ses survivances apparaissent comme d’uniques remparts pouvant se dresser contre l’oubli d’une disparition.

Dans sa thèse de Recherche-Création, Habiter la catastrophe, entre dessin, peinture, photo- et arts vidéographiques contemporains, Hugues Blineau se réapproprie ces mêmes territoires arpentés depuis plus d’une vingtaine d’années, en remontant aux sources de sa pratique et en la confrontant à quelques-uns des enjeux les plus prégnants de l’extrême contemporain. De la persistance des images-désastres à l’écologie des images, ce concept esquissé notamment par le philosophe Peter Szendy, des nouvelles figurations du réel permises par les outils numériques à une possible esthétique du retrait. Une vraie pratique et une poétique du Less is More, où le recyclage et une vraie économie de moyens s’affirment plus nettement (Cinéma-catastrophe, installation vidéo, 2024-2026). Là où, pour l’artiste-théoricien, semble réellement s’affirmer une forme de résistance active à l’endroit des fabriques d’images actuelles, afin de nouer et rejouer ad libitum, la possibilité même d’un geste de l’art. Il sera alors, pour Hugues Blineau, toujours question de traduire et de révéler ce qui, le plus souvent, échappe à notre vision : l’effacement de tout chose auquel invitent, inévitablement, chacune des fractures portées par le réel.