Ce texte s’inscrit dans le prolongement d’Habiter la catastrophe, thèse de recherche-création en art développée entre 2022 et 2027.
Cinématographie travaille la matière même des images cinématographiques tout comme leurs rémanences dans le présent. Où comment le souvenir de visages, sinon de scènes extraites de l’Histoire du cinéma essentiellement narratif – même si les figures de Jonas Mekas et Stan Brakhage sont également convoquées -, prennent place dans de courts fragments poétiques, où se rejouerait l’intensité de leur première vision.
Tissant des liens entre intime et collectif, ces fragments poétiques sont notamment partageables sous forme d’une lecture performée encore en chantier. Dans le sillage des Cinépoèmes de Pierre Alferi et Rodolphe Burger, associant images, musique et poésie sonore, Cinématographie déploie son propre univers marqué par un horizon eschatologique : là où une pensée des origines du cinéma rejoint la hantise de sa disparition, à l’aune de l’extrême contemporain.
Extraits
c’est une ligne tremblée
mais puissante
à laquelle ton corps se plie
au son de la bande FM
c’est une rue qui n’existe pas
faite d’images et de traverses
où courir
jusqu’à déraison
c’est Modern Love
et David Bowie
c’est Denis Lavant
et le désir qui va vite
Et ton sang qui court
Sous la peau et aux tempes
pour dire l’amour
et ses impasses
pas encore un triangle
mais une autre figure
comme l’esquisse d’une vie
à consumer
juste un plan de cinéma
où je me perds
et toi
avec moi
jusqu’à l’aube
réinventée
(Mauvais Sang, Leos Carax, 1986)
devant elle
tu n’es sans doute rien
juste ‘incendie
un enfant pyromane
ne redoutant aucun assaut
pour tirer le bleu du ciel
et le rouge TNT
et les plaquer là
sur ton visage
mais que vas-tu faire
des explosifs
de ce ballet pigmentaire
qui ne dira jamais rien
des palettes véritables
celles portées par l’esprit
mais qu’as-tu fait
sinon préparer
ce bouquet final
cette ligne de poudre
que tu appelles montage
et ses poussières
portées par le vent
(Pierrot le Fou, Jean-Luc Godard, 1965)
